Asso Yoga - Le Bouscat

   


HISTOIRE DU YOGA EN OCCIDENT

par Marc-Alain DESCAMPS

Nous abordons le Yoga par ses deux aspects : la théorie et la pratique. Et nous présentons brièvement la théorie pour nous consacrer à l'histoire du hatha-yoga.

1. La Science du Yoga

Le Yoga est d’abord un immense corpus théorique qui comprend une philosophie, une psychologie, une théorie des corps, des inconscients, de la sexualité, de la gnose, de l’extase, de l’action, du service, de l’amour, de la dévotion, du temps, du sommeil et du rêve, un rituel, une mystique, une thérapeutique, une hygiène, une diététique, une épistémologie, une cosmologie, une anthropologie, une théologie, une morale, une gymnastique, un entraînement respiratoire, une ascèse, une relaxation, un éveil des énergies, etc.

Nous le définissons comme la technique psychosomatique de l’extase du subcontinent hindou. Mais on peut aussi le considérer comme un processus accéléré de résorption dans le divin en échappant à l’illusion (maya de l’égo et du monde) et au cycle des réincarnations.

En tant que philosophie, il apparaît comme un des six darçanas (points de vue) classiques de l’Inde, en particulier avec les Yoga-Sutra de Patanjali.

L’histoire de la connaissance de la théorie du Yoga en Occident n’a pas à être faite, car elle a dèjà été étudiée avec soin dans différents livres comme ceux d'Alain Daniélou, Jean Varenne, Maurice Maupilier, Jean Biès, Silvia Ceccomori et surtout Jean-Paul Droit (L’Oubli de l’Inde ou Le Culte du Néant).

Nous nous bornons à résumer l’indispensable.

L’Occident n’a jamais ignoré l’Orient et en a toujours parlé. N’oublions pas que ce sont les mêmes Aryens, parlant la même langue Indo-européenne, qui ont peuplé à la fois la Grèce, l’Iran et le nord de l’Inde. La religion des Druides est apparentée à celle de l'Inde : des dieux des Gaulois sont à trois têtes comme Brahma et souvent en posture assise de Yoga, jambes repliées. 4000 ans avant notre ère Dionysos (le Dieu de Nysa) va en Inde et ramène en Grèce les transes, les kirtans, le vin, les panthères, les thyrses ou Caducée (canne avec deux serpents enlacés) transmis à Hermès, aux Hérauts, à Hippocrate et par là à tout le corps médical. Quinze générations plus tard Hercule aurait laissée une fille aux Indes la reine Pandée, couverte de perles. En moins 517 Skylas de Karyandre explore les bouches de l’Indus et en parle, Ctésias aussi en moins 416. Socrate (-470-399) aurait ètudié la philosophie avec un sage indien, selon Aristoxène. Puis en moins 326 Alexandre le Grand va jusqu’en Inde, y rencontre des Yogis (XI,7 Dandamos et Spinès) qu’il nomme gymnosophes (ou sages nus) et en ramène en Perse (Kalanos), comme Arrien le décrit en détail. Mégasthènes, ambassadeur en Inde en moins 297, a ècrit quatre livres de renseignements. Zarménochégas (Shramanâ Charya), un autre gymnosophe, pratique le sacrifice suprême par l’incinération à Athènes devant l’empereur Auguste. Peu après, sous l’empereur Domitien, Apollonios de Tyane fait le voyage en Inde rencontre des Yogis et apprend le Yoga qu’il ramène dans tout le bassin méditerranéen, comme le raconte en dètail Philostrate dans sa biographie. Et l’on sait qu’il y a eu des relations commerciales constantes entre les Romains et l’Inde ainsi qu’en témoigne la statue hindoue retrouvée à Pompeï et les centaines de monnaies romaines retrouvées près de Pondichéry à Virampatnam. L’empereur Chandragupta en moins 313 a envoyé des ambassades de Bouddhistes dans différents pays de l’Empire romain. L’empereur Açoka en fait de même en moins 230 et un groupe de Bouddhistes a vécu à Alexandrie pendant plusieurs siècles. Le texte des discussions en moins 150 du roi grec Ménandre (Milinda) avec des sages bouddhistes a été conservé et publié.

A Alexandrie, où 120 bateaux par an allaient aux Indes, Pantène, Clément, Origène parlent avec révérence de la philosophie des Brahmanes de l’Inde. Et Porphyre raconte le départ du philosophe Plotin pour les Indes. Et Lucien, Apulée, Tertulien, Jamblique et surtout le gnostique Bardesane parlent des Yoguis.

A Rome Saint Hippolyte au IIIème siècle en sait autant sur les Brahmines que l’Encyclopédie de Diderot.

Al Birùni, mort en 1048, a traduit en arabe les Yoga-Sutra de Patanjali et écrit que Yoga et Soufisme sont la même chose. A partir de là les Soufis de Perse comme Bistâmi ou Al Ghazali, connaissent les Yogis et les chakras.

Au Xème siècle, Siméon le Métaphraste raconte la vie du Bouddha dans son livre sur Barlaam.

Au XIème siècle, Galianos traduit en grec la Bhagavad-Gita. Et l’on peut se demander si l’Hésychasme grec, ou prière du cœur, n’est pas déjà une première occidentalisation du yoga, comme la Kabbale d’Abulafia en 1275.

Dans le Livre des Merveilles écrit en français en 1295 Marco Polo donne une description très exacte des Yogis (appelés Cuiguis), qui vivent tout nus, et même de la posture en équilibre sur la tête, sous le nom de Skiapodes (ceux qui vivent à l’ombre de leurs pieds).

En 1307 l’Histoire des pays orientaux de Haiton l’Arménien contient des récits de voyages et bien d’autres suivront (de Plan, Rubrouck, Pordenone, Cora, Marignolli, Balbi …)

Les Portugais parlent des " iogues " (Albuquerque 1510, Castanheda 1553 dans son Histoire de l’Inde …)

Les Hollandais décrivent l’Inde et le yoga (Houtman 1598, Shoutten 1617, Dopper 1681, Graaf 1719 …..),

Les Français aussi (Martin de Vitré 1609, Mocquet 1616, François Bernier 1668, Tavernier 1678 …)

1723 à Amsterdam le livre de Bernard Picart est illustré de gravures de " Jogiis " avec des postures et des exercices spectaculaires.

1731 les pères Calmette et Pons ramènent quelques pages des Vèdas qu’il a pu se procurer. Bien d’autres missionnaires et voyageurs rapportent des renseignements sur les " Jogiis " (Robert de Nobili, Abraham Roger, Joseph de Guignes, Poussines , Kirker, Raynal …). L’abbé Dubois a vècu 32 ans Mysore (1791-1823)

1739 la Bibliothèque royale ajoute à son catalogue de 287 pièces une copie du Rig-Véda et un dictionnaire sanskrit.

Le premier ouvrage traduit est la Bhagavad-Gîtâ en 1785 en anglais à Londres par Wilkins, puis en français en 1787 par l’abbé Parraud.

En 1785 est fondée à Calcuta la Royal Asiatic Society of Bengal pour sauver, publier et ètudier les textes de l’Inde. Suivra la célèbre collection " Sacred Books of the Hindus "

1801-1802 à Paris sous Napolèon, Anquetil-Duperron (parti aux Indes en 1754) traduit du persan en latin 50 Upanishads, (Oupnek’hat).

C’est le coup de foudre en Occident.

1805 à Calcutta Colebrooke rèsume des textes du Véda, toujours tenus cachès jusque là par les Brahmanes. Alors tous les Occidentaux se ruent sur les textes hindous, c’est la frénésie.

1828 Victor Cousin déclare en cours "la vraie sainteté c'est l'Ioga"

1842, Edgard Quinet décrit l’Inde comme " le premier matin du monde ".

En 1870 Victor Hugo reprend la Kéna Upanishad dans son poème Suprématie.

En Allemagne. 1808 Frédéric Schlegel écrit " Sur la langue et la sagesse des Indiens " et conclut : " nous devons puiser en Orient "

1823 première traduction allemande de la Bhagavad-Gîtâ

1846 première traduction du Râmayana par A.W. Schlegel

1897, 50 Upanishads par Paul Deussen …

Tous les philosophes sont enthousiastes : Hegel (1770-1831), Schelling (1775-1854), Schopenhauer (1788-1860), Nietzsche (1788-1860), Feuerbach (1804-1872) … et par la suite Herman Keyserling, Carl-Gustav Jung, etc.

En France.

1795, fondation de l’Ecole des Langues Orientales

1815 la première chaire de sanskrit en France est ouverte au Collège de France pour M. de Chezy

1848-1851 première traduction du Rîg-Vèda par Langlois

1852 Barthélémy Saint-Hilaire traduit la Sâmkhya-kârikâ

1861, traduction française de la Bhagavad-Gîtâ directement du sanscrit par Emile Burnouf

1867 le Mahâ-Bhârata par Hippolyte Fauche

1891 l’Atharva-Véda par Victor Henri

1900, Emile Sénart traite de "Bouddhisme et Yoga"

1903 " De l’entrainement physique dans les sectes yoguistes " Revue Anthropologique, sous le nom de "Murial Alex", pseudo d'Alexandra David-Neel (de connaissance que livresque)

Puis viennent les traducteurs : Bergaigne, Sylvain-Lévi, La Vallée-Poussin, Emile Sénart, Burnouf, Grousset, Masson-Oursel, Louis Renou, A-M. Esnoul, Olivier Lacombe, Jean Marquès-Rivière, Alain Daniélou, Lilian Silburn, Tara Michael, André Padoux, Alain Porte, Jean Papin, Michel Hulin …

D’autres font connaître les Yogis contemporains comme Romain Rolland, René Guénon, Jean Herbert … En particulier Jean Herbert (1897-1980), dès 1935, a fort à faire pour faire admettre que le yoga et l’Hidouisme sont vivants et que leurs éminents représentants peuvent prendre place parmi les phares de l’humanité : Ramakrishna, Vivekananda, Aurobindo, Mère, Ramana Maharshi, Ma Ananda Moyi, Ramdas, etc.

Les premiers livres sur le Yoga paraissent en 1907 Bosc, 1936 Mircéa Eliade, 1935 Chakraborty, 1951 A. Daniélou, 1953 Revue Les Cahiers du Sud

Enfin paraissent les textes fondateurs du Yoga et du Hatha-Yoga : Yoga-Sutra (Wood 1914 en anglais / en français 1953, Michel Sage 1915, Taimni 1961, Varenne 1981), Hatha-Yoga Pradipika (1893/1974), Ghéranda-Samhita (1980 /1992), Shiva-Samhita (1942/), Shivayogaratna 1975, Kundaliniyoga 1979, les Upanishads du Yoga 1971, Sept Upanishads 1981 …

En anglais.

Les Anglais, de par leur domination coloniale sur l’Inde et leurs maisons d’édition en Inde et en Angleterre, puis aux USA, en Australie et dans le monde entier, sont bien placés pour être les premiers à faire connaître le Yoga. " The serpent power " d’Avalon est de 1918.

De même l’action des Amèricains va être considèrable. En 1893 Vivekananda (1863-1902) fait sensation au " Parlement Mondial des Religions " de Chicago et installe des Missions Ramkrishna dans bien des pays dont Paris et Genève. Swami Yogananda s’installe en Californie en 1920 et il connaissait les postures de Yoga. Thèos Bernard a soutenu un des premières thèses sur l’action des postures en 1943 à l’Université de Columbia.

Mais l’élan a été brouillé par les premières vulgarisations qui mélangent tout : Yoga, Hindouisme, Bouddhisme, Occultisme, Esotérisme et pensées personnelles de leurs auteurs. La Théosophie, fondée en 1875 par une Russe H.P. Blavatsky a eu une considérable action positive sur bien des gens comme Gandhi, les peintres Kandinsky et Mondrian, etc. Elle a contribué à sauver de nombreux manuscrits inestimables avec leur bibliothèque d’Adyar. Les premiers textes du Yoga ont été publiés par ses soins. Fondée pour être un noyau de fraternité universelle, elle n’a pas mieux réussi que l’église chrétienne et a été aussi l’objet de déchirements perpétuels. Tous les premiers disciples ont fait sécession pour fonder leur propre culte. Alice Bailey écrit sous la dictée du " Tibétain " d’énormes sommes, qui ne correspondent pas à ce qu’ont toujours enseigné les Lamas tibétains. Steiner fonde l’Anthroposophie en opposition à la Théosophie. Et enfin Krishnamurti leur Messie, le Chef de l’Ordre de l’Etoile d’Orient, renie sa mission et dissout l’Ordre le 3 août 1929.

Et les falsifications vont continuer en Angleterre avec les livres à succès du journaliste " Rampa ".

Les attaques. De plus à peine on présente le Yoga en Occident qu’il est l’objet d’attaques violentes où l’on mélange tout Hindouisme, Bouddhisme, Tantrisme …

En 1813 c’est Goethe qui se déchaîne au nom de l’idéal classique contre " ces absurdes idoles, philosophies abstruses et religions follement monstrueuses ".

1829 Victor Cousin fait au collège de France les premiers cours sur l’hindouisme en critiquant le Yoga.

1895 Barthélémy Saint-Hilaire, ministre des Affaires Etrangères, fait paraître trois articles dans la Revue des Deux-Mondes contre le Yoga, l’hindouisme et le bouddhisme qui perturbent la société. Puis vont venir les livres d’opposition au Yoga comme " Non, au yoga " de M. Ray 1977, Hummel 1984, etc.

2. La pratique du Hatha-Yoga en France

Quand le Yoga est mieux connu, on découvre qu’il vaut mieux dire les Yogas, car ils sont nombreux : Hatha, Jnana, Karma, Bahkti, Raja, Mandalas, Mantra, Nada, Shabda, Laya, Chakra, Kundalini, Sahaja, Tantra, Amrita, Dhyani, Purna, Advaïta, Spanda …

Dans cette recherche ici par Yoga pratique (Hatha-Yoga) nous entendons les postures (asanas), la respiration (pranayama) et la méditation (assise silencieuse immobile). Il existe bien d’autres pratiques corporelles : mudras (positions des mains), mantras (vocalisations), shat karmas (six techniques de purification), kriyas (éveils de l’énergie), yantras (dessins symboliques), mandalas (dessins centrés), etc. (Pour plus de détails voir Corps et extase). Mais elles sont bien plus rarement enseignées que les trois principales. Donc ce que nous cherchons, c’est pourquoi ce Yoga (postures-respirations-méditation) dont on parle depuis des siècles, les Occidentaux ont mis tellement de temps à le pratiquer.

Quand a-t-il commencé à se diffuser en Occident ? Par qui ? Et dans quel but ?

Il est vraisemblable qu’il y ait eu une première connaissance des postures au dix-neuvième siècle à Londres et aux USA. Les Sikhs, reconnaissables à leur turban et à leur barbe, ont été les premiers à vivre en Occident. Il y a de fortes chances pour qu’ils aient enseigné des postures à différentes occasions. Mais ils n’ont pas fondé d’écoles. Ainsi André Van Lysebeth a publié en 1995 la réédition et traduction d’un des premiers livres de postures, enseignées aux USA avant 1928 par une femme Cajzoran Ali. Dès 1910 Alexandra David-Néel était aux Indes où elle assistait à des cours de Hatha-Yoga (L’Inde, p.163), mais elle ne l’a jamais enseigné en Europe. Avant 1939, bien des voyageurs (comme Jean Chevalier à Bénarès) avaient aussi assisté, dans un hôtel ou sur une place, au spectacle du charmeur de serpent, du cracheur de feu et du yogi contorsionniste. Mais des acrobates il y en avait aussi en Europe depuis les Egyptiens et ce n’était pas du Yoga. Jean Manlhiot aurait reçu des cours de postures en 1942 par un Formosan.

Jusqu’à preuve du contraire, il semble que le premier enseignant de Yoga en France ait été C. Kerneiz (1880-1960). De son vrai nom Félix Guyot, il avait pris comme nom de plume, celui de sa mère, qui était bretonne. Il avait été professeur de philosophie dans des collèges privés et journaliste à Nantes, à Londres et à Paris. En 1928, il s’installe à Londres où un Indien (Hindou ou Sikh ?) lui enseigne les postures et les respirations du Yoga. Il n’en parlait pas plus, ce devait être un commerçant assez jeune, car il ne l’appelait jamais ni maître ni gourou. La théorie il l’avait apprise dans les livres anglais de l’époque, en particulier la collection " The Sacred Books of the Hindus " de G. Bühler. Il publie en 1933 Yoga for the West (Rieder, London). En 1936, il déménage à Paris et donne les premiers cours dans son appartement au premier étage du 12 rue Mouton-Duvernet dans le 14ème arrondissement. On rangeait les fauteuils du salon pour pouvoir pratiquer. Il publie Le Hatha-Yoga chez Tallendier, des articles sur le Yoga dans Le Journal de la Femme où il tenait la chronique astrologique, puis dans la revue Le Lotus bleu. Recherché par les Allemands, il doit se cacher pendant l’Occupation. Et il reprend ses cours à la Libération en 1945. Parmi ses élèves les plus connus il y a Philippe de Méric et Lucien Ferrer. Après avoir lu et pratiqué son livre en 1943, j’ai pu prendre avec lui un premier cours en 1945 et devenir son élève règulier en 1953 jusqu’à sa mort. Les postures étaient montrés par une jeune monitrice, vendeuse à la librairie Véga, boulevard Saint-Germain, Madame Demange qui continuera après sa mort à enseigner sa méthode 16 square d’Alboni, Paris 16ème. La fille de Kerneiz en fera de même à Rennes. J’essaie aussi de transmettre l’essentiel de ce Yoga  " l’appel de l’Absolu ", selon ce qu’il enseignait et a écrit dans une de ses préfaces : " Ce livre s’adresse à celui qui, en désaccord fondamental avec son milieu, douloureusement insatisfait de la vie tant dans ce qu’elle lui donne de bon que dans ce qu’elle lui donne de mauvais, a ressenti l’appel de l’Absolu ".

En 1936 Lanza del Vasto rentre des Indes et fait partout son récit de voyage qui paraîtra en 1943 sous le titre " Pèlerinage aux sources ". Il prêche la non-violence (ahimsa) de Gandhi et fonde son Ashram, la communauté de l’Arche, mais ne semble pas avoir enseigné les postures.

En 1935 Thérèse Brosse, jeune cardiologue, avec l’aide du Dr. Laubry obtient une mission d’études aux Indes pour mesurer des Yogis à l’électrocardiomètre, au pneumographe, etc. elle y revient en 1952 et 1958.

Nil Hahoutof m’a dit avoir fait de la danse et du cirque, puis rencontre un Hindou qui lui aurait appris des postures dès 1942 et il les aurait enseigné pendant la guerre dans une école privée pour enfants handicapés près de Montpellier.

En 1947 Shri Ghatradyal Mahesh, venu travailler à l’Ecole Nationale des Sports au bois de Vincennes, ouvre un cours de Hatha-Yoga, 50 rue Vanneau Paris 7ème, sous l’égide du Dr. Filliozat, Professeur au Collège de France, du Professeur Creff ... J’ai participé aux premières séances où il enseignait la Salutation au soleil, puis j’y suis revenu plus tard avec le Dr. Frédéric Leboyer, Arnaud Desjardins, Marie-Madeleine Davy, etc.

Le 26 février 1950 il donne une conférence sur le Yoga dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, présenté par le Dr. Dolto et Françoise Dolto (ses parents adoptifs) et Swami Siddeswarananda du Centre de Gretz de l’Ordre de Ramakhrisna et il fonde le CRCFI (Centre de Relations Culturelles Franco-Indien).

En 1949 le Dr. Bex présente le Yoga dans la Revue de Kinésithérapie.

En novembre 1950 deux Indiens le Pr. Pramanick et le Dr. Goswami de l’Institut de Stockholm viennent à Paris donner une Conférence-démonstration à la Sorbonne.

Vers 1950 aussi le Hatha-Yoga est enseigné à Zurich et Genève en Suisse par un jeune hindou Selvarajan Yésudian. Ancien boxeur, il écrit avec Mme Haich un livre à succès " Sport et Yoga " avec des photos de postures.

En 1950 Lucien Ferrer (1901-1964), élève de Kerneiz, ouvre 24 rue Feydeau, puis 21 rue d’Uzès, l’Académie occidentale de Yoga, où je suis les cours jusqu’à sa mort en 1964. Ayant jusqu’à 500 élèves, bien des cours étaient assurés par des moniteurs dont Yvonne Millerand, Huguette Pinson, Roger Clerc et quelques autres. Ferrer fait connaître le yoga par des conférences et des démonstrations. Une des premières fit sensation, le 3/12/1950 Salle de Géographie bd St-Germain, car il monte sur la table se met en équilibre sur la tête et fait sa conférence pendant une heure sans perdre son équilibre et sans se fatiguer à parler la tête en bas. Mais c’était d’abord un guerisseur qui avait un don et qui n’est venu au yoga que secondairement pour se recharger en énergie. Lui parlait de Yoga tibétain, mais semblait avoir appris l’essentiel dans le livre de Evans-Wents … Après sa mort l’Académie sera dissoute et son enseignement continué par Roger Clerc (1908-1998) sous le nom en 1978 de " Yoga de l’Energie " avec les succès et les développements que l’on connaît.

En 1953 Philippe de Méric (1914-1991), élève de Kerneiz, ouvre un cours Yoga par correspondance, le Dynam-Institut. C’est un peu comme si l’on voulait enseigner la boxe par correspondance, mais malgré tout, cela a eu beaucoup de succès et il a rendu le Yoga célèbre. Puis ceux qui en voulaient plus sont passés par la suite dans des cours avec un professeur de yoga.

En 1956 Louis Frédéric fait paraître Yoga-Asanas avec des photos des postures de Vishnoudevananda à Rishikesh. Et le Père Déchanet (1906-1992), moine bénédictin, pratique du yoga nudiste, publie " La voie du silence " en 1956 et fonde un groupe de " yoga chrètien " dans l’Isère en 1964.

A partir des annèes 60 c’est l’explosion des livres, revues, cours et publicitès. Les clubs de yoga fleurissent à tous les coins de rue. Eva Ruchpaul et Georges Coulon entraînent l’équipe française de ski. Pousson et Huard rendent compte de recherches physiologiques sur le Yoga dans le Concours mèdical du 04/01/1960. Leurs recherches sont continuées par Henrotte, Etévenon, Lonsdorfer, Gastaut, etc. En 1963 André Van Lysebeth, de retour à Bruxelles de chez Swami Sivananda de Rishikesh, lance sa revue " Yoga ".

Les voyages aux Indes. Alors commencent les voyages aux Indes pour se former à la source. Tout le monde se met en chasse pour " sauver le précieux héritage ". Dans les années 1950, il semble que tout l’enseignement du Hatha-Yoga remonte principalement à deux sources, l’une au nord l’autre au sud. Bien entendu il y avait quantité de Saddhus, Sannyasins, Sikhs, Jaïns qui pratiquaient aussi du Hatha-Yoga, mais ils ne voulaient pas l’enseigner, ni même le reconnaître. La principale source se trouve à Rishikesh, là où le Gange sort des gorges de l’Himalaya. Dans cette ville sainte Swami Sivanada Sarasvati (1887-1963) vient de fonder un ashram (Yoga Vedanta Forest Academy) après avoir fait sa carrière comme docteur à Malacca. Il réunit autour de lui une vingtaine de Swamis qui vont après essaimer partout dans le monde. Swami Chidananda, le saint, garde la direction de l’ashram après la mort de Sivanada. Satchitanada, après bien des voyages, s’installera aux USA en Virginie. Shankarananda fondera un ashram en Afrique du Sud. Satyananda, avec une mère tibétaine, est influencé par le Bouddhisme et rassemble partout des techniques tantriques, ce qui donnera un enseignement un peu particulier (Yoga-nidra, Mauna, Chidakhasha dharana, les 70 kriyas ). Puis il fonde une université du yoga à Monghyr dans le Bihar (Bihar Yoga Bharati) avec ses disciples Yogamudrananda, Yoganidrananda et Niranjanananda. Swami Hridayananda était une doctoresse indienne ophtalmologue qui dirigeait le dispensaire gratuit. Les deux spécialistes des postures étaient Vishnou Dévananda (1927-1993) et Râj Bua. Le premier sera le modèle unique du livre Yoga-Asanas, puis il fondera des ashrams à Valmorin au Canada, aux Bahamas, aux USA, au Kérala, etc. Subramanya Râj Bua (le Roi des Anges) n’était pas swami car il avait eu une femme et trois enfants. Tenu pour mort à 8 ans, son corps avait été donné à un saddhu de passage qui l’avait réanimé par le Yoga. Je l’ai reçu à Paris, travaillé avec lui et mesuré ses progrès de 70 à 90 ans par des photographies et il a continué à faire des postures parfaites jusqu’à 104 ans. Combien d’Européens sont allés se former à Rishikesh comme André Van Lysebeth, Maryse Choisy, Robert et Suzanne Chauvel, Eveline Grieder …

L’enseignant du Sud est T. Krishnamâcharya (1888-1989) , professeur de Yoga du Maharaja de Mysore, alors établi à Madras. Il a eu comme élèves Jean Klein, Gérard Blitz, Yvonne Millerand … Son beau-frère B.K.S. Iyengar a commencé à enseigner le Yoga à Poona en 1937 à 19 ans. Puis ses deux fils enseigneront à leur tour T.K.Sribhashyam à Nice et T.K.V. Désikachar en Europe avec le Viniyoga.

Certes, il y avait d’autres enseignants comme Patabijoy à Mysore, Dhirendra Brahmachari (1925-1994) à Delhi, Satchidananda le Muni de Madras, Kumara swamiji, Swami Chinmayananda, etc. Mais la plupart des enseignants européens se sont d’abord formés à Rishikesh ou à Madras. Certains cependant ont eu aussi des contacts avec l’Institut de recherches scientifique du Yoga (Kaivalyadhama) fondé à Lonavla par Kuvalayananda de 1924 à 1934 avec sa revue Yoga-Mimamsa, puis qui s’est continué après sa mort avec Digambarji et le Dr. Bhole. Le célèbre Swami Muktananda (1908-1983) n’a été connu mondialement qu’en 1974 par la prise spontanée de postures lors de la montée de la Shakti en donnant Shaktipat. Après dix voyages aux Indes j’ai pu décider à venir en France en 1981 le représentant de la lignée du Kriya-Yoga de Yogananda, Swami Hariharananda Giri du Karar-Ashram de Puri en Orissa avec son disciple Shankarananda de Bhubaneshwar. Et il a pu donner les initiations védiques de la lumière (Jyotir), du son (Nada) et de la vibration (Spanda).

La crise qui va éclater a plusieurs causes. La concurrence commence à se faire plus dure et certains veulent se préserver un marché national. Commence à apparaître l’idée que l’on peut former des professeurs de yoga à la pelle. On veut inventer un " yoga occidental " bien différent de celui de l’Inde. D’autres parlent d’une reconnaissance étatique ou d’un contrôle gouvernemental et rêvent d’une exclusivité et d’une hégémonie suprême, ou s’en accusent les uns les autres. La lutte va demarrer essentiellement sur des procès d’intention et un manque de confiance. Et il va arriver au yoga europèen, ce qui est arrivé au christianisme : l’explosion en une multitude d’églises, de chapelles et de sectes, mais cependant sans les guerres de religion.

Les Fédérations. L’union fait la force, d’où les fédérations. Elles se succèdent et se multiplient en durant plus ou moins longtemps. La première est la " Fédération française de Yoga sous contrôle mèdical " parue au J.O. du 12 janvier 1967. La " Fédération française de Yoga " le 14 juillet 1967 devient le 8 janvier 1968 la " Fédération Nationale des Professeurs de Yoga ". La " Fédération française de Hatha-Yoga et disciplines associées " est fondée à la même epoque par le Dr. Creff et Shri Mahesh. La " Fédération culturelle de Yoga " est fondée par Jean Rousseau, directeur de l’Institut de Yoga intégral. Puis vient la FIDY (Fédération Inter-enseignements de Hatha-Yoga) en 1980, etc.

Les fédérations fondées, il reste à obtenir l’exclusivité de la formation, comme c’est de règle en France pour une seule Fédération sportive. En attendant on peut obtenir un agrèment d’un ministère, ce qui semble être un premier pas. La Fédération Mahesh est la première à avoir un agrèment le 24 dècembre 1969. L’Institut Eva Ruchpaul obtient le sien peu après et la FNPY le 6 février 1970. Puis vient un énorme canular. Le Secrétaire d'état à la Jeunesse et aux Sports sollicité dit ne pas savoir ce qu’est le Yoga et nomme en 1972 une Commission pour en faire une étude scientifique. Puis il l’oublie et la Commission continue ses rèunions par plaisir, à la grande fureur des professeurs de yoga qui en sont tous exclus pour ne pas faire de jaloux. Dès le début j’ai fait partie de cette commission, dont le seul résultat a été un rapport mis dans un tiroir et finalement le livre écrit par un autre de ses membres le Dr. Bernard Auriol. Les professeurs de yoga occidental réclamaient une reconnaissance et un statut. Puis une fédération a créé " l’Union européenne de Yoga " et l’autre a suscité la création d’une Confédération des fédérations. J’ai longtemps fait partie des deux fédérations pour essayer de garder un lien et de les unir et en plus j’ai longtemps participé aux activités de la Confédération présidée par Mme. Maud Forget (du Cercle du Védanta, puis de l’Ecole normale de Yoga de Boulogne-Billancourt). Son travail le plus efficace a été la création du Programme minimum européen, finalement adopté sans trop de variations par toutes les autres Fédérations.

A coté de ces Fédérations sont apparus des mini-fédérations ou Groupes : Centre européen de yoga de Rishi, Université nationale de Yoga d’Alaphilippe, de B.K.S. Iyengar, Viniyoga de Désikachar, de Satyananda (DEPS de Swami Devatmananda), de Babacar Khane, Soleil d’Or d’Ajit Sarkar en 1977, RYE (Recherche sur le Yoga dans l’Education), la maison du Yoga (Mathieu), le Centre Tapovan de Kiran Vyas, de Shri Chinmoy (dès 1964), Arnaud Desjardins, Maurice Daubard, René Bouanchaud, Nils Daum, la Maison Amrita…

Puis est apparue la Fédération des Yogas Traditionnels et sa revue " Linga ". Avec Christian Tikhomiroff, elle a grandi jusqu’à rencontrer les mêmes problèmes que les grosses fédérations. Puis pour les éviter, elle est revenue, avec André Riehl, à une structure légère et souple, comme la Confédération.

Ces fédérations ont créé leurs ècoles de formation des professeurs dans chaque région de France, de une à une douzaine par fédération. Ainsi pendant plus de 15 ans ces écoles ont produit (selon mon évaluation) environ 500 professeurs de yoga par an, sans aucune concertation, en saturant complètement le marché.

Finalement la reconnaissance du statut de professeur de yoga a été obtenu de fait 20 ans après et de façon catastrophique, par l’obligation d’un impôt de TVA sur chaque cours ou leçon de yoga. Ceci a fait disparaître la moitié des enseignants, car même les cours bénévoles étaient taxés. Bien des écoles de formation de professeurs de yoga ont du fermer et les autres ont vu leurs effectifs sérieusement diminuer. La mode du Yoga en France a donc duré 20 ans de 1965 à 1985. Puis elle a été remplacée par d’autres modes (Taï-chi, Sophrologie, Taoïsme, Chamanisme, Streching, Fitness et surtout Reiki, etc.). Maintenant les opposants du Yoga disent partout (même à la T.V.) que si le yoga n’est pas une secte, il est l’antichambre des sectes.

Le dernier avatar de cette invention du " yoga occidental " est dans sa forme américaine de capitalisation, commercialisation et mondialisation. Depuis la Californie ou les USA sont déposés (registered) tous les ans de nouveaux systèmes de gymnastique occidentale, mélangés ou non de bribes de yoga, sous des noms protégés comme " power-yoga ", " sphurana-yoga ", "Ashtanga-Yoga", etc. Il est dèsormais interdit dans le monde entier d’enseigner ces systèmes sans avoir été longuement et chèrement formés par le fondateur américain, sans porter son uniforme et sans lui reverser de grosses royalties, etc.

La cause de la discorde. Il n’est pas aisé de discerner les raisons de ces divisions, car les causes sont dissimulées et enchevêtrées dans un ensemble assez complexe. Certains vont parler de retour dans l’ègo, de personnalités narcissiques, de querelles religieuses d’un autre âge, etc. On pourrait dire aussi qu’il s’agit de l’invention d’un " yoga occidental " en opposition à celui de l’Inde. (Mais il n’y a pas eu cette lutte entre un judo européen contre le judo japonais). Les différences sont souvent ténues, il s’agit d’un ètat d’esprit avec beaucoup de procès d’intention. Certains enseignants européens ont refusé la prèèminence de l’Inde. Ils ont développé le coté scientifique en ajoutant dans leurs écoles beaucoup d’anatomie et un peu de psychologie. Ils ont surtout été allergiques à la présence des Swamis se moquant de leurs travers (supposés ou réels). Ils n’ont pas pu admettre la spiritualité du Yoga et la sainteté des Etres réalisés de l’Inde. Ils ont beau jeu de critiquer les quelques excès d’ashrams devenus des sectes (celui de Rajnesh à Poona ou de Hamsananda à Castellane). Et les autres peuvent critiquer la diffusion universelle du nouveau " gnagna-yoga ", gymnastique douce pour riches dames désoeuvrées luttant contre la cellulite et l’ennui. Pour les uns c’est la place de la religion chrétienne qui fait problème : le yoga ne serait qu’un adjuvant à la prière, en remplaçant le prie-Dieu. Alors que pour les autres il s’agit de TAT, Cela, le Transpersonnel, antérieur à tous les dieux personnels et à toutes les guerres des religions hégémoniques. Finalement les uns ne voient dans l’Inde que ses défauts (et ils sont nombreux) alors que les autres l’aiment quand même ou aiment encore plus Mother India. Pour les uns ceci recouvre la persistance de la mentalité colonialiste raciste contre les Indiens, alors que pour d’autres il s’agit par dessous d’une guerre de religions (10 millions d’Indiens convertis par les missionnaires chrétiens contre moins de 10 européens devenus Hindous) …

Ceci avec parfois des retournements de situation. Des Occidentaux invitent des Yogis et des Swamis en Europe. André Van Lysebeth ouvre en 1965 puis les 8 et 9 décembre 1967 à Bruxelles les Premières Journées internationales du Yoga avec Swami Satchitananda et Dev Murti, etc. Son élève Jean-Pierre Radhu veut faire mieux en organisant en juin 1969 la première Foire du Yoga à Saint-Symphorien près de Mons Belgique, dans l’immense parc de Mme. De Priches. Ce fut une rencontre extraordinaire, inoubliable avec tous les grands enseignants de Yoga venus des Indes et du monde entier, mais il n’y eut pas de seconde rencontre. Gérard Blitz (1912-1990), fondateur du Club Méditerranée puis Secrétaire de " l’Union européenne de yoga ", organise du 2 au 9 septembre 1973 une semaine à Zinal en Suisse consacrée au Yoga où il invite les grands conférenciers du moment et quelques Swamis et Hindous. Ils instauraient une ambiance sacrée bien différente des frivolités occidentales. J’ai participé aux dix premières années, puis j’ai présidé en 1991 le dernier Zinal au Club Méditerranée, consacré à " L’Ame et le corps " avec Swami Yogamudrananda. Là plus qu’ailleurs se sentait le clivage entre les amoureux de l’Inde et du Yoga spirituel et traditionnel face à leurs opposants.

Finalement il semble pour le moment que le Yoga ait échappé au piège de l’hégémonie, du pouvoir étatique et de l’enseignement officiel dans l’unique école nationale. Il a gardé sa liberté, sa diversité et sa multiplicité. Chacun finit par trouver en son temps la forme de Yoga qu’il cherche et qui convient à son degré d’évolution du moment ou niveau de sadhana. Et c’est très bien ainsi. Encore faut-il avoir une vue des différentes possibilités.

3. Les méthodes d’enseignement du Hatha-Yoga.

Un autre sujet de surprise et parfois d’opposition est la différence des différentes méthodes d’enseignement du Yoga. Curieusement rien n’a encore été écrit à leur sujet. Je ne vois pour ma part aucune opposition dans cette multiplicité. Il y a bien des voies et des chemins d’accès. Le monde du Yoga est immense, colossal et tout ne peut être donné à la fois. L’essentiel est le but que l’on se propose, en se centrant sur le principal. Mais en général il n’est pas explicite ni même conscient chez les fondateurs des méthodes. Pourtant il peut être déduit clairement des préceptes et méthodes. Les différences peuvent porter sur les cours collectifs ou individuels, le fait que l'enseignant montre la posture ou non, parle pendant le cours ou non, touche ou non les élèves, instaure une progression dans les postures de la séance avec pose/contre-pose ou non, ne fait faire que des postures immobiles ou des mouvements/enchainements, apprend les posture ou fait pratiquer le yoga, insiste sur le corps ou sur l'âme (Atman) ...

Par exemple, en voici quelques unes, telles que j’ai cru les comprendre au moment où je les ai rencontrées. Je note quelques différences mais certainement chaque méthode ne se limite pas à cela. Et à mon avis elles ne sont pas opposées mais complémentaires, comme les peintres, les musiciens ou les fleurs dans un jardin.

Le Sahaja-Yoga de Amrit Désaï. Ayant acquis un trs haut niveau et étant connecté avec la Buddhi, il s’allonge un instant et change rapidement d’etat de conscience. Alors la Shakti est présente et devient sensible pour tous. C’est elle qui engendre les postures les unes après les autres ; leur enchaînement n’est pas pensé ni aucune posture prévue à l’avance, un peu comme dans du somnambulisme. L’effet est saisissant même sur les spectateurs, sauf sur quelques disciples qui copient par écrit la liste des postures, pour pouvoir après les reproduire dans le même ordre, montrant qu’ils n’ont rien compris au travail spontané de leur maître.

Le Sutra-Yoga de Shri Mahesh. On apprend une série classique de postures, que l’on répète toujours pareilles dans le même ordre. Ce qui libère l’esprit pour ressentir l’esprit du Yoga (sutra, le fil du collier des postures). Ce qui se rapproche de la méthode précédente. Donc il ne faut pas alterner pose et contre-pose et l’on tient chaque posture le temps d’un cycle respiratoire ou d’une rétention.

La méthode Eva Ruchpaul. Elle préconise une certaine spontanéité, mais est spècialement adaptée au corps de sa fondatrice ou à toutes celles qui ont un corps assez proche : jeunes, minces, très souples, vives, incassables. On s’allonge et l’on fait des postures quand on en a envie (si on en a envie).

La méthode Nil Hahoutoff. Comme il le disait lui-même, c’est une méthode de pré-yoga. Elle est issue du travail du cirque : on assouplit le corps par un long échauffement et effectivement il est capable après de pouvoir faire ce dont qu’il était incapable auparavant. On travaille à deux, on tire, on appuie, on pousse et l’on utilise des cordes ou courroies. Il faut combattre la bosse, en créant un creux au niveau des omoplates.

La méthode Iyengar. Méthode structurée et très exigeante pour construire une posture physique avec précision et beaucoup de rigueur, s'aidant parfois d'instruments (comme Hahoutoff). Les enseignants semblent aussi rigoureusement contrôlés par des examens réguliers.

La méthode André Van Lysebeth. Méthode de base, assez classique, plutôt d’esprit sportif, même s’il a changé dans sa manière d’enseigner au cours de sa vie.

La méthode de Babacar Khan, assez proche, insiste sur l’isotonie, le yoga irano-egyptien et le soufisme.

Le Viniyoga insiste sur bhâvana, la concentration sur une partie du corps ou sur un thème, car on ne peut pas tout faire à la fois dans la tenue d’une posture. Il préconise l’alternance pose/contre-pose et une progression en montée/descente lors de la séance (Vinyâsa)

Le Purna-Yoga de Marc-Alain Descamps. Postures et respirations ne sont qu’un moyen pour atteindre le samadhi. Le cours de Yoga est un temps sacré pour atteindre l’Absolu. On ne travaille qu’en silence, les yeux fermés, dans l’amour, la ferveur et le recueillement (sinon c’est de la comédie). Pendant chaque posture, on est en Ujjiya-pranayama, avec mula-bandha et on fait à chaque cycle respiratoire la rotation de la Lumière-énergie montant et descendant les sept chakras. Et rapidement cela devient Shakti-chalana, alors on a le son cosmique (Nada) dans les oreilles, la Lumière (Jyotir) derrière les paupières fermées et la vibration (Spanda) dans tout le corps. On garde une posture immobile le plus longtemps possible et elle sont groupées de façon à avoir le moins de déplacements du corps entre elles. On passe par les kriyas à l’ouverture des Chakras et à l’éveil de la Shakti pour entrer dans la posture silencieuse immobile.

Le Yoga de l’Energie de Roger Clerc. Il est issu de la méthode Lucien Ferrer. Il s’agit de ressentir l’énergie Ha circulant dans Ida et l’énergie Tha circulant dans Pingala. Il se dit tibétain et développe pas mal de mouvements (phrases et les 18 mouvements préliminaires). C’est une méthode assez complète qui devrait élever jusqu’aux niveaux supérieurs de contact avec les Sources, dont Tchan-Ré-zing. Il est parfois choisi par les corps défavorisés incapables de pratiquer les méthodes précédentes.

La méthode Brahmachari demande, avant de commencer les postures, de se purifier par les techniques de purification (les shat-karma : nauli, dhauti, neti, basti …)

La méthode Satyananda comprend le travail classique des postures et des respirations, puis développe des exercices tantriques de préparation à la mèditation comme yoga-nidra, antar-mauna, chidakasha dharana, prana vidhya, antar trataka, ajapa japa et les 70 kriyas …

Le Yoga traditionnel se centre, comme aux Indes, sur la " transmission " du Yoga et non son enseignement, c’est-à-dire pendant douze ans sur tout ce qui passe directement de l’enseignant à son disciple (acharya-chela).

Le yoga occidental ou américain. Dans des " Ecoles pour devenir professeur de yoga " on apprend le yoga plus qu’on n’en fait : on étudie les postures avec détail et finesse, mais en bavardant.  On se centre sur la belle posture, de plus en plus acrobatique et on oublie pourquoi on la prend (pour accumuler de l’énergie pour pouvoir stopper le mental dans l’assise silencieuse immobile). On oppose un " état méditatif " aux longues méditations assises en fin de cours. De plus se diffusent dans le monde les méthodes américaines, sans posture immobile mais parfois avec un accompagnement de musique jazz, avec un nom protégé et donc des redevances permanentes … Ainsi Patanjali dans les Yoga-Sutra nomme Ashtanga-Yoga sa méthode du Yoga aux 8 membres en consacrant aux postures une ligne sur 196. Sous le nom d"Ashtanga-yoga" se diffuse maintenant avec succes une méthode américaine sportive, exigeante et fatigante.

La même histoire de l’introduction du Hatha-Yoga devrait être faite pour les autres pays européens, américains, australiens, etc.

Ceux qui veulent compléter et améliorer ce premier essai (paru dans Infos-Yoga de mars 2001) peuvent apporter leur aide à

Marc-Alain Descamps, 18 rue Berthollet 75005 Paris. www.descamps.org/marc-alain

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